Un impressionniste accusé d’être Jack l’Éventreur ?
Une série de tableaux troublants, évoquant un crime sordide perpétré à Londres : il n’en fallait pas moins à certains détectives amateurs pour se persuader que leur auteur, le peintre anglais Walter Sickert, serait l’assassin… et même le tristement célèbre Jack l’Éventreur ! Pour le troisième épisode de notre série policière de l’été, retour sur l’étrange histoire des « nus de Camden Town »…
En 1907, un terrible meurtre ébranle la ville de Londres. Le 12 septembre au matin, une prostituée de 21 ans, Emily Dimmock (dite Phyllis) est retrouvée morte à son domicile dans le quartier de Camden Town. Allongée nue sur son lit, la jeune femme a été égorgée d’une oreille à l’autre pendant son sommeil, réveillant le souvenir des crimes de Jack l’Éventreur, commis vingt ans plus tôt dans le district de Whitechapel. Une série d’éléments troublants concentre l’attention des enquêteurs sur un artiste de 30 ans nommé Robert Wood. Mais ce dernier est acquitté grâce à un brillant avocat, laissant l’affaire – bien que certains restent convaincus de sa culpabilité – non résolue.
En 2002, la romancière Patricia Cornwell, auteure de romans policiers, croit avoir trouvé l’assassin. Dans son livre Jack l’Éventreur : affaire classée. Portrait d’un tueur, elle accuse un autre artiste, l’Anglais Walter Sickert (1860–1942), d’être le meurtrier d’Emily… et, de surcroît, le fameux Jack l’Éventreur.
En observant les toiles de cet impressionniste méconnu, disciple de James Whistler et ami d’Edgar Degas et Oscar Wilde, l’Américaine y décèle une névrose meurtrière…
Certes, sa série de tableaux surnommée « The Camden Town Nudes » (« Les nus de Camden Town ») interpelle.
En 1905, deux ans avant le meurtre, Walter Sickert s’installe dans le quartier ouvrier de Camden Town. Là, il commence à peindre des nus réalistes reproduisant toujours le même schéma : une femme allongée sur un modeste lit en fer, dans une chambre sombre aux couleurs terreuses, où apparaissent parfois un pot de chambre ou un miroir.
Toujours, les visages sont brouillés ou dissimulés de façon inquiétante. Robustes et bien en chair, les corps féminins y sont malmenés par les coups de pinceau et les angles choisis, annonçant pour certains (la Hollandaise, 1906 ; l’Affaire de Camden Town, 1909) les distorsions de Francis Bacon.
Des œuvres radicales, à l’opposé de l’académisme que l’artiste avait en horreur !