Creation du set de gravure
Il aura fallu dix ans pour que ce traumatisme commence à être surmonté. Certains artistes, comme Otto DIX ou Ernst JÜNGER avec son livre « Orages d’acier » qui est autobiographique, commencent à évoquer leur ressenti par rapport à cet épisode de leur vie. Pour beaucoup, le fait de raconter et d’être écouté est assez libérateur. En écrivant ou en réalisant des gravures, les artistes mettent des mots sur leur souffrance et montrent la réalité et non une idéalisation de la guerre. Otto DIX participe en 1924 à l’exposition « Nie Wieder Krieg » (plus jamais la guerre en français) où ses gravures sont montrées. Elle se veut antimilitariste. À partir de cette date, il est plus propice pour évoquer cette tragédie. Otto DIX réalise ses œuvres pour conjurer la guerre. En s’attaquant à l’image de l’armée, il met à mal l’honneur de la nation.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Otto DIX est mobilisé comme de nombreux jeunes de son âge. Il est envoyé dans un camp d’entraînement. En effet, les recrues qui partent au combat n’ont jamais tenu d’arme de leur vie. La guerre, leur fera perdre leur innocence ; elle sera longue et violente. Pendant l’année de sa formation, il peint et dessine. En 1915, il se porte volontaire et s’engage dans l’artillerie. En partant au front, il va vivre cette expérience. Il est à la fois fasciné et terrorisé mais subjugué par les moyens mis en place. Il va tuer et voir des hommes mourir. Malgré des conditions horribles, il continue à dessiner. En attendant l’assaut, il saisit sur l’instant ses camarades et l’environnement hostile qui l’entoure. Otto DIX dira « la guerre, c’était une chose horrible mais grandiose à la fois. Il faut avoir vu l’homme dans cet état de déchaînement pour voir de quoi il est capable[1]. «
Ses dessins sont une ébauche à sa future création. Ils décrivent toute l’horreur des champs de bataille. Il veut restituer ce qu’il voit entre deux attaques. Il va dessiner pas moins de cinq cents illustrations. Il dessine également sur des cartes postales où il raconte sa vie au front. Cependant, une œuvre va vraiment avoir une influence sur les thèmes employés dans ses gravures. Il s’agit de la peinture « La Tranchée ». Il a réalisé cette œuvre un an avant le portfolio. On rencontre beaucoup de similitudes, que ce soit le noir et blanc ou alors le sujet en lui-même. Cette œuvre est vraiment une prémisse des eaux-fortes. Il commence à travailler sur « La Tranchée » en 1920 et l’achève en 1923. C’est une huile sur toile. Elle représente les conséquences d’un bombardement. Quand on l’observe dans son ensemble, on aperçoit un chaos. En y regardant de plus près, on voit un champ de désolation avec des bâtiments en ruine et des corps étendus. Il décide de réaliser cette œuvre car il est hanté par des cauchemars après la fin de la guerre. Ses expériences de bataille sont importantes pour toutes ses œuvres. Avec cette peinture, c’est la première fois qu’un artiste montre cette réalité qui n’est pas idéalisée ou au service de la propagande. Cette production a suscité beaucoup de controverses. La mort est omniprésente ; il n’y a pas un centimètre qui laisse place à l’espoir. Ce qui est également surprenant, ce sont les détails apportés à la toile. « La Tranchée » est une œuvre qui fera beaucoup parler, tant l’horreur et la mort sont représentées dans ce tableau et « violent » pour le visiteur. Tout est dit de la guerre qu’a vécu Otto DIX : sur le front et dans les tranchées. Avant de réaliser cela, Otto DIX a longuement travaillé la laideur à travers des esquisses préparatoires pour lesquelles il a pris appui sur de véritables viscères et cerveaux humains. Il ne montre pas le côté brave de la guerre, ce qui scandalise beaucoup. Acquise en 1923 par la Wallraf-Richartz, Museum de Cologne, l’œuvre fut présentée à l’exposition de l’Académie des Beaux-Arts à Berlin en 1924. Suite à quoi, de nombreux historiens de l’art, se sont exprimés au sujet de l’œuvre. Julius MEIER-GRAEFE qui est critique dira de cette œuvre « ce DIX -vous me pardonnerez l’expression- à vomir. Le public n’est pas encore près à voir une représentation aussi crue. » Le traumatisme est toujours présent. L’opposition publique sera plus forte que tout. Le musée décide de retourner le tableau au marchand en 1925.
« J’ai choisi le reportage véridique sur la guerre ; je voulais montrer la terre torturée, les douleurs, les blessures[2]… «
[1]Documentaire Arte : Otto DIX ou le regard impitoyable
[2]Collectif, Otto DIX La Guerre, collection Galimard , Paris , 2015, 135 p.
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