Boiserie de la galerie de François Premier au Château de Fontainebleau

Les boiseries de la galerie François Premier

1528-1530

Le Fontainebleau de la renaissance appartient au « second règne »
de François 1er, débutant après le désastre militaire de Pavie (1525) et
la captivité du roi à Madrid.
Menacé dans son intégrité physique et symbolique entre 1525 et 1527,
le corps royal se réaffirme à Fontainebleau dans toute sa Majesté,
par un éloge savamment crypté.
La galerie François ier est l’exemple le plus emblématique de cette
réaffirmation du corps royal. Située comme un pont couvert (61
mètres de long sur 6 mètres de large) entre le château de la cour
ovale et le couvent des trinitaires, elle est une salle privée accessible
seulement depuis la chambre du roi.
Le décor de cette galerie, conçu et réalisé entre 1532 et 1539,
représente une grande première artistique dans le royaume de
France. « Pour la première fois, la monarchie française allait confier son
message de légitimité et de grandeur, d’invincibilité et de piété, non plus
au livre, à la seule sculpture ou à un art somptuaire comme la tapisserie,
mais bien à un grand ensemble peint et sculpté, confié à un artiste étranger,
Rosso Fiorentino, qui jusqu’alors n’avait réalisé pratiquement que des
tableaux religieux isolés » (Vincent droguet).
ce corps de bâtiment est aussi un bâtiment du corps, aux décors
complexes et symboliques, et à l’architecture organique où corps et
décors s’entremêlent étroitement. Manifeste du corps maniériste,
d’un trop-plein qui envahit l’espace, la galerie présente l’exubérance
d’un univers corporel dans lequel le nu – notamment féminin –
occupe une place singulière et nouvelle. dédié à la gloire du roi, elle
met en scène son corps singulier, avec une audace inédite en France.
cette audace sera de courte durée : durant les siècles qui suivirent,
les incroyables décors de la renaissance subirent retouches et
transformations, tentant de canaliser l’effusion du corps maniériste
initié par rosso à Fontainebleau.