
J’aurais aimé être cette fille cool, sûre d’elle, parfaitement organisée et émotionnellement stable. Vous savez, celle qui ne se pose pas mille questions après un rendez-vous et qui ne passe pas sa soirée à refaire le film de sa journée. Mais à bien y réfléchir, je suis peut-être davantage Bridget Jones que je ne voudrais l’admettre.
Pendant longtemps, j’ai pensé que j’étais plutôt une Carrie Bradshaw. Les jolies chaussures, les cafés parisiens, les longues conversations entre amies, les histoires d’amour un peu compliquées et cette envie de transformer chaque petit événement du quotidien en une grande aventure. Sur le papier, tout y est.
Mais il suffit parfois de quelques minutes pour que le scénario change. Une décision à prendre devient une réflexion existentielle, un message sans réponse prend des proportions déraisonnables et une simple semaine chargée peut soudainement donner l’impression que toute ma vie est à réorganiser.
Et c’est là que Bridget entre en scène.
Bridget Jones, c’est cette femme qui commence régulièrement une nouvelle vie un lundi matin. Elle veut manger mieux, faire du sport, boire moins, trouver l’amour et, accessoirement, arrêter de prendre de mauvaises décisions. Elle tient un journal, fait des listes et semble toujours avoir un nouveau plan pour devenir une meilleure version d’elle-même. Jusqu’au prochain imprévu.
Je crois que ce qui me touche chez elle, c’est justement ce décalage entre la femme qu’elle aimerait être et celle qu’elle est réellement. Parce que moi aussi, j’aimerais être cette fille cool. Celle qui prend les choses avec légèreté, qui ne doute pas de tout, qui sait exactement ce qu’elle veut et qui ne laisse pas ses émotions lui dicter le programme de la semaine.
À Paris, j’aime imaginer que ma vie ressemble à une scène de cinéma : une belle tenue, un passage aux Puces, une exposition, un verre dans un joli bar et une soirée qui se termine beaucoup trop tard. J’aime les belles choses, les jolies adresses et les conversations qui s’éternisent. Mais derrière cette petite mise en scène, il y a aussi une personne qui doute, qui hésite, qui cherche sa place et qui n’a pas toujours la moindre idée de ce qu’elle fait.
Et finalement, c’est peut-être ça que Bridget nous apprend. On peut aimer la mode sans être toujours élégante dans ses décisions, être ambitieuse sans avoir un plan de carrière parfaitement tracé, aimer les grandes histoires d’amour sans comprendre grand-chose à ses propres relations. On peut avoir de grands projets et passer une soirée entière à se demander si l’on a envoyé le bon message.
Je crois surtout que nous sommes nombreuses à vouloir être cette fameuse fille cool, alors que nous sommes encore en train de comprendre comment devenir adultes. On aimerait avoir la stabilité, l’assurance et le détachement de quelqu’un qui a tout compris. Mais qui a réellement tout compris, au juste ?
Alors oui, je continuerai probablement à rêver de la garde-robe de Carrie Bradshaw, de son appartement new-yorkais et de ses brunchs entre amies. Mais je crois que je vais aussi garder Bridget dans un coin de ma tête. Elle a quelque chose de profondément rassurant : elle ne cherche pas à être parfaite, elle essaie simplement de s’en sortir, avec plus ou moins de succès.
Et si grandir, ce n’était pas forcément devenir cette femme parfaitement stable que l’on imaginait à vingt ans, mais apprendre à vivre avec ses contradictions ?
Finalement, je crois que je suis une Carrie dans mes envies et une Bridget dans ma tête. Et franchement, ce n’est déjà pas si mal.
